Back Flip

Back Flip – marbre / mortier / acier

(14x) 47 x 32 cm / 2015

Vue d’exposition / Et le désert avance / Musée des Beaux-Arts et d’Archéologie de Besançon / 2018

Texte de l’exposition Et le désert avance / Musée des Beaux-Arts et d’Archéologie de Besançon / 2018

Back flip est une œuvre en mosaïques constituée de 14 panneaux, reprise d’une planche chronophotographique d’Eadweard Muybridge (1830-1904) Man Performing Back Somersault qui décompose le mouvement humain pour comprendre les secrets de la locomotion. Back flip est désormais complétée par une série de 12 panneaux intitulée Front flip (reprise de Nude man performing a running somersault).
Les carreaux de la mosaïque de Benjamin Desoche font directement référence à la grille composée de carreaux que l’on distingue au second plan des chronophotographies, servant de repère pour analyser le mouvement. La mosaïque selon l’artiste a souvent été comprise comme un art de l’immobilité ce qui a motivé sa volonté d’intégrer le mouvement à cette technique si singulière dans l’art contemporain.

Emmanuelle Tritsch

Texte du catalogue Aspirations / exposition : L’artiste est-il un chamane?/ Narbonne / 2016

De sa résidence en Grèce Benjamin Desoche a gardé le souvenir d’une mosaïque contemporaine vivante qui s’autorisait bien des audaces dans la patrie de Pella.
Aussi nous propose-t-il ce curieux cyanotype qui doit autant aux frères Lumière qu’aux tentatives les plus folles de capture du mouvement. Là encore les silhouettes grisées prennent une présence spectrale sur une œuvre qui fait du fragment son lieu dit. Éclatée, forcément parcellaire, l’ombre saisie par l’artiste semble avancer, irréelle mais prégnante, à notre rencontre. Dans une expérience à proprement parler fantomatique il nous faut deviner ce qui habite le monde sans pour autant revendiquer la première place. Laissant au loin les fanfaronnades tonitruantes des spectres du théâtre élisabéthain, les fantômes de Benjamin Desoche ne sont que de modestes revenants.

Et si la magie opère alors chez le spectateur d’aujourd’hui, c’est que le chamane a ceci de commun avec l’artiste d’être un faiseur d’effets, non pas comme le pensait le Platon de la République, parce qu’il cherche à nous abuser, mais parce qu’il sait au contraire, que de sa lanterne magique ou de sa “machine à rêves” sortira le plus profond de nous mêmes. En somme, le travail de ce jeune homme brillant devrait autant à Byzance qu’à William Burroughs.

Laurent Devèze / Philosophe et directeur de l’ Institut Supérieur des Beaux-Arts de Besançon